Le but de Kylian Mbappé face à Lille décortiqué
Crédit: Marko Popovic
C'est comme si le PSG vivait enfin avec son temps. Longtemps uniquement focalisé sur la performance pure de ses superstars, Paris a appris à regarder ce qu'il se fait ailleurs. Tactiquement,
les premiers signes du PSG version Galtier sont enthousiasmants. Aussi parce qu'ils sont bien plus visibles que d'autres petites corrections, difficilement identifiables pour le grand public. Dimanche, pour reprendre l'expression consacrée, il ne fallait pas être en retard pour le coup d'envoi de LOSC-PSG. Parce qu'au bout de 9 secondes,
Kylian Mbappé avait déjà frappé.
"Je veux faire une dédicace à mon staff technique, insistait après coup Christophe Galtier auprès de Prime Video. C'est un but qu'on ne reverra pas, vous vous en doutez. Allez voir le championnat espagnol et allemand, certains ont marqué comme ça. Et je fais un petit clin d'œil à nos U19 qui l'ont fait en Youth League face à Salzbourg l'année dernière. Bournemouth et le Rayo Vallecano l'ont aussi fait. Le faire à l'entraînement et le montrer, c'est une chose, le faire en vrai c'est autre chose". Voici comment les Parisiens ont réalisé ce chef d'œuvre de précocité.
Phase 1 : Les courses de Mbappé, Mendes et Vitinha
Préparé, ce coup d'envoi l'était. Au moment où Neymar effectue sa passe vers Verratti, quatre joueurs sont prêts à bondir dans la moitié de terrain adverse : Achraf Hakimi et Vitinha à droite, Kylian Mbappé et Nuno Mendes à gauche. A l'inverse de ses trois autres coéquipiers, le Marocain va démarrer piano, franchissant la ligne en marchant.
Au coup d'envoi, quatre Parisiens sont sur la ligne médiane près à bondir : Hakimi, Vitinha, Mbappé et Mendes (capture écran : Youtube via compte officiel de la L1)
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Après cinq secondes, Vitinha, Mbappé et Mendes sont déjà à la même hauteur que la ligne défensive du LOSC. Mieux, ils arrivent lancés. Le buteur parisien prend la profondeur dans le dos de Fonte, en prenant soin de ralentir sa course juste avant de réaccélérer pour éviter le hors-jeu, tandis que Diakité et Gudmonsson ont laissé Mendes complètement esseulé sur le flanc gauche. Les solutions pour Messi sont multiples et presque toutes aussi dangereuses…
Au moment de la passe de Messi, trois Parisiens sont à la hauteur de la ligne défensive du LOSC : Vitinha, Mbappé et Mendes (capture écran : Youtube via compte officiel de la L1)
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Phase 2 : Le rôle de Neymar
Le Brésilien n'est ni buteur ni passeur décisif sur cette action mais son rôle est primordial. C'est lui qui se charge, seul, de l'engagement avec cette passe en retrait vers Marco Verratti. Dans un premier temps, il fait mine de se désintéresser du ballon en tournant le dos au jeu, comme si un jeu long allait être déclenché. Une attitude qui rend encore plus efficace son contre-appel.
Le contre-appel de Neymar met Benjamin André en retard et permet de servir parfaitement Messi, qui est face au jeu (capture écran : Youtube via compte officiel de la L1)
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Sur un pas, le Brésilien fait demi-tour pour réclamer le ballon dans les pieds, laissant Benjamin André avec deux bons mètres de retard. Sa remise en une touche vers Messi est volontairement retenue, histoire que l'Argentin impulse lui-même la puissance qu'il souhaite à la balle.
Phase 3 : La passe de velours de Messi
Pendant ce laps de temps, Messi n'a rien eu à faire. Posté à droite de Verratti au moment du coup d'envoi, l'Argentin ne se met en action qu'une fois le contre-appel de Neymar effectué. A la manière d'un quarterback, le gaucher scanne le terrain avant de recevoir la gonfle. Deux options longues s'offrent à lui. La plus facile, vers Nuno Mendes, complètement esseulé avec un gouffre devant lui. La plus risquée mais donc dangereuse, vers Mbappé.
Les deux solutions longues qui s'offrent à Messi en une touche : il va choisir la plus risquée vers Mbappé (Le contre-appel de Neymar met Benjamin André en retard et permet de servir parfaitement Messi, qui est face au jeu (capture écran : Youtube)
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Sa décision est rapidement prise et sur un appui, il oriente son corps pour une passe brossée de l'intérieur du pied gauche. Le tout, en une touche, évidemment. Le reste, c'est du velours. Avec l'effet parfait et le dosage adéquat, le ballon tombe dans l'espace parfait, entre les deux centraux. L'effet mis dans la balle ralentit celle-ci après rebond. Mbappé n'a plus qu'à finir.
Phase 4 : La finition
La galette de Messi arrivée à destination, il faut encore conclure. Malgré un rebond haut, Mbappé choisit le geste juste, celui qui s'impose à lui avec ce lob subtil. Mais son avance est telle, autant sur la charnière du LOSC que sur Leo, sorti avec du retard, que les solutions qui s'offrent à lui sont multiples.
Un contrôle aurait pu être envisagé mais cela aurait privé Mbappé de temps. Le plus extraordinaire réside sans doute sur la possibilité qu'a le Français de servir Vitinha qui a poursuivi sa course. Le Portugais a lui aussi de l'avance et n'aurait qu'à pousser le ballon au fond. Une preuve de plus que ce mouvement si efficace ne réside pas uniquement dans le talent des artistes en présence mais bel et bien dans la chorégraphie imaginée par d'autres et remise au goût du jour par Galtier. Un ballet de neuf secondes. La beauté est parfois de si courte durée…
Au moment de finir, Kylian Mbappé a beaucoup de temps et même une solution avec Vitinha (capture écran : Youtube via compte officiel de la L1)
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